Des visages frappés de stupeur II  posté le lundi 22 août 2005 22:24

Blog de mitiajawas :Au fil des jours..., Des visages frappés de stupeur II
Il y eut comme un éclair rouge dans le ciel. Des visages frappés de stupeur m’apparurent dans la nuit. Je marchais seul le long des quais, sous mes pieds nus l’herbe humide se couchait. Je cherche sur les marges de la ville des expériences inconnues. Il y eut un coup de tonnerre, la terre a tremblé et du koal est tombé en pluie sur la ville. Le ciel venait de s’effondrer pour toujours. Toute la ville ressemblait à ses marges, la périphérie venait de prendre sa revanche sur le centre. Je me suis mis à courir au hasard, le paysage était cinématographique, ma course un traveling latéral, je me déplaçais sur le côté comme un crabe. © D. P. SANDLER
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Des visages frappés de stupeur  posté le lundi 22 août 2005 22:28

Blog de mitiajawas :Au fil des jours..., Des visages frappés de stupeur
Le plus curieux ce fut ce silence insensé qui succéda au coup de tonnerre. Pour la première fois on se taisait. Aucun commentaire, aucune remarque, pas un cri. J’ai bien cherché à rentrer chez moi mais les rues avaient perdu leur noms et changé de visage. En quelques instants le désert s’y était installé et les nomades y avaient repris leur droit. Personne ne semblait se poser de questions, la prostration les avait remplacées, les regards lièrent les langues. En quelques jours l’herbe humide des quais se désècha et prit une teinte ocre. L’ocre deviendrait bientôt la couleur dominante. Le désert s’installait dans la ville. On campait ici et là sur des talus qui se donnaient des allures de dunes. La ville semblait mourir et pourtant ne mourait pas. Elle s’était établie dans l’agonie. Commes les hommes et les femmes qui de leur instinct n’avaient conservé que la posture. Ils se tenaient debout inlassablement, rompus à la fatigue. Mourir, ne pas mourir, la question n’avait aucune importance. Il n’y eut pas de clan, pas de lutte, pas de guerre… la solitude persévérait dans l’être. On se regardait sans se voir. Pour tout bagage, je pris une boite d’aquarelle et quelques feuilles de papier. Le désespoir était mort en accouchant de la désespérance. C’est de cette progéniture que j’entrepris de faire le portrait. C’était facile, tout mouvement avait cessé, j’étais au milieu des ruines comme un photographe de la première génération : immobile. Il suffisait d’observer attentivement et de reproduire à grands traits des paysages statiques. © D. P. SANDLER
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de ville en ville  posté le lundi 22 août 2005 22:42

Blog de mitiajawas :Au fil des jours..., de ville en ville
Dans ma tête défilent des paysages nus, des corps décharnés, des villes en feu. Je rêve à mon tour d’être incendiaire. Je rêve d’inventer une langue incendiaire. Ma grammaire brûlerait le monde comme du kérosène et mes mots seraient comme l’écorce de bouleau : spongieux et essentiels. Pourris et riches tout à la fois. J’imagine un film où il n’y aurait que des trains et des paysages brûlés de mots incendiaires. L’origine m’obsède ainsi que la destination. J’aime les trains. On sait d’où ils partent et où ils vont. J’aime prendre les trains car je sais où ils m’emportent sans savoir comment. Je fais en rêve un voyage en train qui m’emporte à travers l’hiver. Dehors, des paysages enneigés me rappellent la Russie que je ne connais que par les livres. Je suis Jivago… pour quelques heures… mentalement je laisse ma moustache pousser et je me rase dans les toilettes au petit matin et au bout du couloir. Tataktatoum… Tataktatoum… L’extinction me poursuit alors je fuis… Tataktatoum… de corps en corps… de train en train... de ville en ville. © D. P. SANDLER
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Perdre son nom  posté le lundi 22 août 2005 23:02

Blog de mitiajawas :Au fil des jours..., Perdre son nom
Le terme de la perte d’identité qui donne leur impulsion première aux romans de Paul Auster rencontre à New York le réel dans la rue. Cela commence par la perte de repères géographiques. On peut avancer des heures sur une avenue sans avoir le sentiment de progresser. A chaque bloc le promeneur retrouvera un lot de commerces identiques au bloc qui précède et à celui qui suit. Et cela jusqu’aux aux confins de la ville, bornée par l’horizon. L’impression de faire du sur-place ouvre l’espace des rues sur un infini, auquel la conscience, à l’arrêt dans la repétition, finit par se confondre. A vouloir atteindre la mer en partant du nord de Manhattan on risque d’oublier jusqu’à son nom propre. © D. P. SANDLER
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NO COMMENT TODAY.  posté le lundi 22 août 2005 23:11

Blog de mitiajawas :Au fil des jours..., NO COMMENT TODAY.
Un vieux bluesman noir interrompt ma rêverie. Sa voix rauque prend le relais de ma propre tristesse et j’écoute maintenant ses anatoles aux accents plaintifs. Au bout d’une demie heure nous finissons par sympathiser et échangeons quelques gorgées d’un flash de Whisky qu’il a tiré de la poche intérieure de sa veste. Je lui tend une cigarette et lui demande s’il peut jouer dock of the bay d’Otis Redding. Le gars s’exécute et comme dans la version originale, il fait claquer ses doigts sur les barrettes du manche. S’il existait une onomatopée pour mimer scripturalement ce son, je la ferais figurer juste ici… mais je n’ai rien trouvé. Chtong chtuiiinggg… peut-être… pas très probant… J’aime cette chanson, particulièrement dans cette situation, assis l’un et l’autre à ne rien faire face à la baie grisâtre. J’aime cette chanson parce qu’elle est l’apologie du temps perdu. “Sittin’ on the dock of the bay… “Watchin’ tiiimmme Roll away… “Sittin’ on the dock of the bay… “Wasting tiiiimmme… La voix du vieux bluesman se perd dans la rumeur des flots et dans la brise matinale qui vient tout juste de se lever. De ce petit moment passé ensemble je n’ai pas grand-chose à dire. © D. P. SANDLER
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